samedi 22 juillet 2017

Savoir regarder

J’avais évoqué dans mon article précèdent l’importance du sens de l’observation et à quel point je suis toujours surpris de voir que les gens ne regardent pas. Le Mitori Geiko (pratique par l’observation) est pourtant un élément clé des arts japonais, ou tout n’est pas forcement explicite et où il faut savoir « voler la technique » et donc voir ses points clés. J’ai la chance dans mon dojo d’avoir un pratiquant japonais très expérimenté, issu d’une Koryu, le Kiraku Ryu. Ce pratiquant m’expliquait que dans son école les deux premières années de pratique étaient exclusivement consacrées à Mitori Geiko. J’ai aussi souvenir d’une interview de Nishio Sensei sur le blog Aikido Sangenkai ou il expliquait qu’au début ils ne pratiquaient pas mais regardaient.

C’est quelque chose que l’on n’imagine pas faire aujourd’hui. Les débutants veulent immédiatement monter sur le tatami et pratiquer, et c’est bien naturel. Qui d’entre nous aurait la patience de s’asseoir et de regarder les autres pratiquer pendant deux ans… Mais l’effet pervers de cette bonne volonté est… de ne pas regarder et d’essayer directement de passer les techniques, sans avoir vraiment pris le temps d’observer ce qui se passe.

C’est le cas dans les arts martiaux mais également dans d’autres pratiques. Je suis régulièrement frappé en Yoga de voir des pratiquants créer leurs propres postures…Si je comprends qu’un débutant ne puisse pas effectuer correctement la posture (et même les non-débutants d’ailleurs...) être capable de recopier plus ou moins la forme devrait être le minimum syndical : jambe tendue ou fléchie, orteils pointes vers l’avant ou pas, des éléments basiques. Je trouve ça d’autant plus frappant en Yoga que dans un studio de 20 personnes qui font la même chose, on devrait vite repérer si on n’est pas en train de faire le bon mouvement.

Lors de mes cours, c’est également un problème qui se pose. J’expliquais à mes élèves à quel point il est nécessaire de pouvoir comprendre très rapidement ce qui est montre, ne serait-ce qu’en surface, d’en garder une sorte d’image mentale et de pouvoir travailler à partir de cela. Comme je leur rappelais, mes entrainements avec Akuzawa sensei ne sont pas aussi fréquents que je le souhaiterais, et en partant de ce constat je ne peux pas me permettre le luxe de glandouiller, de ne pas regarder et de ne pas chercher à percevoir ce qui se passe en profondeur. De la même manière qu’un épéiste en Europe ne voyait pas forcement son maitre d’armes chaque jour mais prenait le plus souvent des leçons espacées. Il est donc essentiel de comprendre rapidement pendant ces leçons. J’ai donc montre le premier kata de Nihon Tai Jitsu une fois, et leur ai proposé de le répéter par eux-mêmes. Ça n’a pas été un franc succès.

Pour la même raison j’aime regarder les vidéos de stages dans lesquelles on voit les pratiquants essayer les mouvements après les avoir vus. C’est parfois surprenant. Je me souviens d’une vidéo de stage d’Alain Floquet notamment, où tous les pratiquants de la vidéo effectuaient la technique avec l’autre bras. Pas forcément un souci en soi, la technique marchait probablement quand même, mais en regardant la vidéo ce qui m’a frappé dans le cours d’Alain Floquet c’est qu’il avait l’air de mettre l’accent sur le contrôle de la structure du partenaire via le contrôle du coude. Elément qui n’existait plus lorsqu’effectue avec l’autre bras… La technique marchait donc mais une partie des pratiquants est donc passée a cote de ce qui faisait la raison d’être du cours, c’est dommage.

Je suis partisan de regarder de manière active ce qui est proposé par l’enseignant mais aussi ce qui est reproduit par les élèves. Qu’est-ce qui différencie les deux, et qu’est-ce qui fait que cela fonctionne dans certains cas et pas dans d’autres. Regarder signifie aussi savoir aller au-delà des apparences. J’écoutais il y a quelques jours une interview d’Ellis Amdur par Gudkarma, dans laquelle il racontait qu’il regardait les mouvements du Dantien/Tanden et des pieds et non ceux des mains, et qu’il s’était donc retrouve à pratiquer des mouvements en apparence différents de ceux de l’enseignant, sous le regard outre des autres pratiquaient qui s’empressèrent de se plaindre auprès du maitre. Maitre qui répondit platement « oui, on peut aussi faire comme ça », avant de le prendre à part et… de lui montrer un peu plus.

Regarder est essentiel mais encore faut-il regarder au bon endroit et ne pas se noyer sous des détails finalement peu importants.

2 commentaires:

Alexis a dit…

Effectivement, pratiquer c'est bien, par contre pratiquer de façon active est réfléchie est mieux. J'entends par là, chercher au-delà de la technique, le principe démontré par le professeur. Cela entend de réfléchir, prendre du recul pendant un cours. Voire même de noter ses impressions ou des pistes de travail. Et également d'expérimenter la technique avec d'infimes variations pour voir ce qui marche ou pas.
A propos du yoga, j'aurais une question Xavier, pratiques-tu plus du style Vinyasa ou Ashtanga en complément de ta pratique martiale ?

Xavier DUVAL a dit…

Tout à fait d'accord, aller en cours et attendre que tout nous soit livré tout cru n'est pas la méthode la plus efficace pour s'approprier les choses.
Je fais surtout du Vinyasa mais mon studio propose pas mal de cours différents et je fais en fonction de ce qui est disponible (et des enseignants) aux heures qui m'arrangent. En général Vinyasa 3-4 fois dans la semaine, Hatha 2 fois et parfois du Yin. Je faisais un peu d'Ashtanga au début mais le cours a été enlevé de ce studio là et les positions au sol me mettaient un peu trop de contraintes sur les genoux donc j'ai préféré mettre ça en suspens même si j'aime beaucoup la méthode