jeudi 15 juin 2017

Qu’est-ce qu’être un bon Uke?

Le sujet du Uke, bon ou mauvais fait couler beaucoup d’encre, a fortiori dans des disciplines comme l’Aïkido ou Uke tient un rôle central. C’est moins le cas en Nihon Tai Jitsu ou si le rôle d’Uke reste évidemment important, je n’ai jamais vu ou reçu de consignes particulières à ce sujet.

Uke, le punching ball de Tori

Uke est souvent réduit à un rôle pratique : il attaque plus ou moins correctement, et reçoit la technique de son partenaire, avant de pouvoir à son tour pratiquer. C’est malheureusement une façon courante de pratiquer, dans laquelle finalement seul le rôle de Tori compte, et Uke attend son tour de façon passive. Ca présente de nombreuses limites, d’une part parce que les attaques et l’intensité proposées par Uke tendent à être proportionnelles à son envie de tenir ce rôle, amenant à des attaques peu réalistes, voire léthargiques. Uke n’apprend pas réellement à attaquer (qualité qui lui serait pourtant aussi utile en tant que Tori), ni à recevoir la technique de Tori en apprenant à se protéger et à contre-attaquer.

Uke se doit donc d’être actif, pour lui et pour son partenaire.

Le concept du « mauvais Uke »

C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimente dans ma pratique avant de débuter l’Aïkido, le fameux « You attacked me wrong ». J’en ai déjà parlé à quelques reprises sur ce blog et je trouve toujours aussi fascinants les critères qui amènent à qualifier quelqu’un de mauvais Uke. Parce qu’entendons-nous bien, il est possible d’être un mauvais Uke. En réalisant une attaque qui ne présente aucun danger par exemple, ou en refusant de jouer le jeu. Imaginons par exemple que Tori pendant sa défense m’attaque d’un atemi au visage. Je ne bouge pas, et je ne cherche pas non plus à parer, mais je garde toute ma solidité. Il y a là un défaut de logique qui n’est possible que parce que Tori ne me frappe pas réellement dans le cadre de l’exercice. Refuser de jouer le jeu amène donc à un changement des conditions qui ne permettra pas à Tori de continuer sa technique dans des conditions correctes.

Mais ce qui est souvent considéré comme un mauvais Uke est…un Uke qui ne chute pas. Encore faut-il, à mon avis, qu’Uke ait une raison pour chuter. Jouer le jeu ne veut pas dire faire semblant et si les conditions ne sont pas réunies, prétendre qu’elles le sont n’aura pour effet que de laisser Tori croire qu’il a réalisé correctement son mouvement, ce qui ne l’encouragera pas à corriger ses erreurs.

Donner un retour à Tori et apprendre à recevoir

Le rôle d’Uke est double pour moi. Son rôle premier est de donner un retour d’expérience à Tori, et c’est ce qui permet de faire la différence entre une pratique en solitaire et la pratique avec partenaire. Le partenaire nous donne un retour immédiat sur l’efficacité de notre technique, retour qui doit nous permettre d’affiner le mouvement au fur et à mesure. En s’adaptant à son partenaire pour lui donner la difficulté appropriée, Uke a un rôle essentiel dans la progression de Tori.

Apprendre à recevoir permet de comprendre ce qui se passe dans notre corps quand l’on reçoit une technique, et y répondre de la manière la plus adaptée pour conserver son intégrité. En chutant si c’est ce que la situation préconise, ou en contrant la technique si cela est possible. Un bon Uke pour moi peut, et doit, faire chuter Tori s’il estime que les éléments nécessaires à la technique (adaptés au niveau de pratique de Tori) ne sont pas réunis. Il est évident que si sur dix attaques Uke fait chuter Tori dix fois, le niveau de difficulté proposé est trop élevé. Mais le contraire (Tori qui fait chuter Uke 10 fois) implique que le niveau de difficulté proposé est insuffisant et gagnerait à être augmenté.

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